| STMicroelectronics et IBM ont signé le 24 juillet un accord de coopération pour développer ensemble les procédés technologiques de fabrication des semi-conducteurs de prochaine génération. Cet accord intervient au moment où l’Alliance Crolles 2 s’achève fi n 2007.
Pour Gérard Matheron, Directeur du site de STMicroelectronics à Crolles, l’accord avec IBM permet à STMicroelectronics et au site de Crolles de franchir un palier d’envergure mondiale.
Gérard Matheron
Directeur du site
de STMicroelectronics Crolles
L’accord signé entre ST et IBM s’inscrit-il dans la continuité de l’Alliance Crolles2 ? Nous arrivons au terme de l’Alliance Crolles 2 (STMicroelectronics, Freescale et NXP) fin 2007 et d’ores et déjà l’accord avec IBM nous ouvre un horizon international élargi. Il n’y a là aucune rupture, mais bien plus qu’une simple continuité. L’Alliance Crolles 2 a été une étape, un excellent apprentissage pour nous permettre d’accéder aujourd’hui à un nouveau palier international, pour faire évoluer notre stratégie. L’Alliance Crolles 2 avait été calibrée, en moyens et en ressources, pour répondre aux objectifs fixés pour 5 ans, de 2002 à 2007. Cette configuration était devenue insuffisante.
L’accord ST-IBM apporte une réponse dimensionnée aux besoins du site ?
Aujourd’hui, l’évolution du marché impose en effet de nouveaux objectifs, pour défi nir les conditions d’une production de technologies microélectroniques de nouvelle génération, en géométrie 32 et 22 nanomètres (nm). Pour franchir ce cap technologique, les investissements en R&D doivent être multipliés par trois et le coût
des outils de production par deux. Pour
STMicroelectronics, il n’était pas concevable
d’aller au-delà du seuil de 15 à 20 % de
son budget déjà consacré à la R&D. Il fallait
donc impérativement trouver une nouvelle
confi guration capable de répondre à ces
besoins. Face à ce constat, nous avions deux
attitudes possibles : soir renoncer, soit affirmer
notre détermination à poursuivre, c’est
l’option retenue par STMicroelectronics.
Bien entendu, la volonté d’intervenir sur
l’ensemble du spectre industriel, de la
conception jusqu’à la fabrication des produits,
est une condition nécessaire mais pas
suffi sante. Nous avons dû faire la preuve
de notre capacité à changer d’échelle pour
intégrer un des grands écosystèmes mondiaux.
Il existe trois écosystèmes mondiaux
majeurs pour les semiconducteurs. Il s’agit
d’Intel qui ne souhaite pas établir d’accord
partenarial avec ses concurrents, des fonderies
asiatiques (TSMC à Taïwan et en
Chine) avec lesquelles le risque de dumping
social est important, et enfi n d’IBM. Très
vite, une alliance technologique avec IBM
nous a paru la solution pertinente.
L’expérience d’IBM dans les semiconducteurs
date de leur naissance dans les
années 60, et leur capacité d’innovation
et de créativité reste une référence.
L’accord avec IBM permet à ST Crolles le
changement d’échelle indispensable à
son développement.
Ce changement d’échelle concerne à la fois la recherche et la production ?
C’est un changement d’échelle pour ST, et pour le site de Crolles. L’effort d’investissement va d’abord nous permettre d’optimiser notre capacité de production et passer chaque semaine de 2 800 à 4 500 tranches de silicium de 300 mm.
Avec cet accord, STMicroelectronics intègre l’« IBM CMOS Technology Alliance », un écosystème pérenne constitué de 6 partenaires industriels. D’un point de vue fi nancier, cette alliance permet de réunir les budgets nécessaires à la génération des technologies de base 32 et 22 nm. Nous avons été reconnus par IBM pour notre capacité collaborative. Il y a désormais un centre Europe et un centre USA, ceci dans deux domaines : la recherche amont, et la production.
Incontestablement, les atouts de Grenoble-Isère ont été des arguments de poids, autour du pôle de compétitivité Minalogic. Notre potentiel de recherche amont, avec le CEA Leti a été déterminant. Jusqu’à présent, le centre de recherche d’Albany Nanotech Center dans l’Etat de New-York, constituait l’unique réservoir de matière grise au service de l’« IBM CMOS Technology Alliance ». L’accord ST-IBM fait désormais du CEA Leti isérois l’alter ego d’Albany.
En quoi consiste concrètement cet accord ?
L’accord englobe la technologie CMOS de base (Complementary Metal-Oxyde- Semiconductor) pour laquelle le point focal est IBM-US, et aussi les technologies enrichies pour des systèmes sur puces (SoC) ou ST-Crolles est le leader. Concernant les technologies dérivées à forte valeur ajoutée que sont les mémoires embarquées et les dispositifs analogiques, les applications grand public sont nombreuses et constituent l’ossature de nos portefeuilles clients.
Ce qui change fondamentalement, c’est la nature même du partenariat. Pour prendre une image, l’Alliance Crolles 2 fonctionnait sur le mode semblable à celui d’une copropriété : chaque partenaire possédait ses propres machines, venait à Crolles pour expérimenter des recherches industrielles et partageait la production du site.
Aujourd’hui l’accord ST-IBM propose un échange collaboratif : nous passons à un modèle d’intégration mondiale. Grâce à cet accord croisé, l’échange d’équipes IBM et ST est réciproque.
Quels sont les impacts estimés sur la production ?
En relevant à 4500 tranches de silicium notre capacité de production hebdomadaire à l’horizon 2010, nous couvrons l’ensemble des besoins des clients de ST, et même au-delà. La marge de manoeuvre ainsi dégagée nous permettra de proposer nos excédents à tous les industriels, qu’ils soient partenaires d’IBM ou pas, puisqu’il a été convenu avec IBM que notre accord n’entraînait aucune exclusivité. ST conserve également sa latitude et la possibilité de travailler avec tous les fondeurs mondiaux, à Singapour, Taïwan, Israël… En ce sens, le club microélectronique IBM est très ouvert, chaque partenaire maîtrise la technologie dont il a la propriété.
Quelles sont les perspectives d’avenir ?
L’Alliance Crolles2 aura été une étape, un tremplin vers l’internationalisation des écosystèmes et la défi nition d’un business model pour les cinq années à venir, et ce nouvel accord renforce Grenoble et l’Isère dans sa position de pôle de référence mondial.
Quant au marché, après des années de croissance à des rythmes effrénés (15 à 20 % par an), l’industrie des semi conducteurs est aujourd’hui mature.
Nous connaissons des progressions de 7 à 8 % par an, ce qui représente deux fois le rythme de la croissance industrielle globale. Nous pouvons aborder l’avenir en confiance.
Le bilan positif de l’Alliance Crolles 2 entre STMicroelectronics, Freescale et NXP.
De 2002 à 2007, Crolles 2 a pleinement atteint ses objectifs, cela à trois niveaux :
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Du point de vue technique, le développement des procédés en géométrie 90 et 65 nanomètres (nm) est achevé et la production est en croissance, les 45 nm sont en phase de fi nalisation.
- Du point de vue des investissements, le site de Crolles est en capacité de produire aujourd’hui 2 800 tranches de silicium de 300 mm par semaine, conformément aux prévisions initiales.
- Et le volet emploi est lui aussi un succès puisque les engagements (1 200 emplois) ont été largement dépassés. Ce chiffre ne prend pas en compte les emplois induits avec tous les sous traitants installés dans la région grenobloise. Le retour sur investissements à long terme a été payant pour tous les acteurs de l’Alliance, qu’il s’agisse des entreprises ou des collectivités locales qui ont accepté de jouer le jeu du partenariat. |
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